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    Entretien 
  Wolfgang Meier : "Marie-Jo est élue par Dieu" 
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Recueilli à Lausanne
par Nicolas HERBELOT
et Jean-Philippe LECLAIRE

du vendredi 7 juillet 2000





Wolfgang Meier a suivi le grand retour de Marie-José Pérec, mercredi, à la télévision. Content de sa rentrée à Lausanne, l'entraîneur allemand avait néanmoins prévu un chrono de 22"65 (Photo Jean-Pierre DURAND)





















(Photo Jean-Pierre DURAND)



Satisfait de la rentrée de Marie-José Pérec en 22''71, à Lausanne, l'entraîneur allemand de la Française se livre. Toujours aussi mystérieux sur son savoir-faire, il parle en revanche sans détour de ses relations avec son athlète, et même du dopage.

- « Wolfgang Meier, après avoir assisté à la première course de Marie-José, quelles sont vos premières impressions ?
- D'abord, je n'ai pas vu la course. Je ne vais jamais au stade, je reste à l'écart dans mon coin et, ensuite, seulement, je regarde la course à la télévision. J'avais fait la même chose à Canberra quand Marita (Koch, sa femme) avait battu le record du monde du 400 m (47''60). 22''71 pour Marie-Jo, c'est un bon temps de rentrée, même si le chrono que j'avais dans ma poche était de 22''65. En revanche, le déroulé de la course n'est pas tout à fait ce que j'attendais. Je trouve qu'elle n'a pas suffisamment utilisé le virage pour se relancer. Elle a dû le faire plus tard, ce qui lui a beaucoup coûté. Mais un proverbe allemand dit : " Les premiers fruits sont toujours véreux. "
- Quel bilan tirez-vous de vos cinq premiers mois de collaboration ?
- On est parti de 0 pour arriver à 100. Vous pouvez l'utiliser comme titre : " De 0 à 100 ! " Elle est arrivée à Rostock sans aucune condition physique. Ni vitesse, ou du moins " comme ci, comme ça " (en français dans le texte). Comme ma femme m'a libéré du magasin de sport que nous avons ouvert ensemble, j'ai pu rouvrir mon coffre où j'avais enfermé tous mes cahiers d'entraînement. Je me suis contenté d'appliquer mes vieilles méthodes à Marie-José.
- Elle dit qu'elle en fait, quantitativement, deux fois moins que Marita Koch, il y a quinze ans...
- Ce n'est pas exact. On a allégé la charge de travail simplement parce que nous disposons de moins de temps.
- Ce n'est pas dû aux différences entre les deux athlètes ?
- Marita et Marie-Jo sont des championnes élues par Dieu. Bien sûr, l'une est plus grande que l'autre, l'une plus musclée... Mais je pense qu'arrivées à un certain niveau les athlètes sont très identiques. Et il existe des lois intangibles comme pouvoir courir très vite le 200 m. C'est d'ailleurs pour ça que nous avons commencé la saison sur cette distance.
- Comment faites-vous pour que Marie-Jo travaille autant ?
- La conviction et puis le charme : je suis aussi beau que Robert Redford ! (Sourire.)
- Vos méthodes sont donc toujours valables.
- On a eu une petite inondation à la maison, donc les cahiers ont été mouillés. Les feuilles étaient déjà jaunies, les voilà gondolées !(Sourire.) Mais le contenu possède toujours la même valeur.
- Marie-Jo affirme que des Australiens auraient cherché à vous acheter vos cahiers...
- Ce n'est pas exact. Quand j'ai cessé d'entraîner, en 1992, quelqu'un m'a approché et m'a proposé de l'argent. C'était un manager, mais il n'était pas australien.

 « La suspicion ne me gêne pas... »

- Vous vous montrez très secret. Marie-Jo parle de distances curieuses, comme des 243 mètres. À quelle logique cela répond-il ?
- Je cherche à voir la réaction de l'athlète après un certain nombres de mètres, ce qui me permet de travailler exponentiellement. Quand le niveau monte, je m'adapte. C'est logarithmique. Mais je n'en dirai pas plus.
- Comment avez-vous déterminé ces méthodes ?
- Sur la terre, il y a des fonctions cycliques, comme le poids de l'être humain de sa naissance à sa mort, qui augmente puis diminue et augmente à nouveau. Ou comme l'eau qui bout. Si vous avez le baccalauréat, vous devez comprendre.
- On sait faire bouillir de l'eau, mais votre discours demeure très mystérieux. Avez-vous conscience que ce secret induit le doute, notamment sur le dopage ?
- Marie-Jo avait déclaré en 1992 que le record de Marita était douteux. Mais elle s'est reprise depuis et dit que, maintenant, elle comprend.
- Nous, pas !
- La suspicion ne me gêne pas. N'oubliez pas que pour moi, entraîner est un hobby, pas un métier. Ma réputation n'est pas un problème.
- On dit des Allemands de l'Est qu'ils étaient sûrement les plus forts à tous les niveaux : en diététique, en technique mais aussi en dopage...
- " Doping ", ce n'est pas un mot allemand. Chez nous, ça s'appelait des " moyens de soutien ". Mais je ne sais pas... Pour moi, je peux mettre ma main au feu. Nous avions la possibilité de dire non. Mais des demi-talents étaient prêts à tout. Gladisch, Koch, et pas seulement elles, n'en avaient pas besoin.
- On a dit que vous avez été suspendu pour avoir refusé de faire des piqûres aux relayeuses est-allemandes.
- Ça s'est passé à la Coupe du monde à Rome, en 1979. Mais il y avait d'autres choses, c'était politique aussi. Après ça, j'ai été interdit de voyage pendant trois ans.
- Quelles piqûres était-ce ?
- Je ne sais pas du tout. J'ai juste refusé. Tout comme je n'ai jamais voulu dresser le profil politique de mes athlètes. En tant qu'entraîneur, je me sens responsable de leur seule éducation sportive. C'est comme avec Marie-Jo, je ne suis pas son manager. Ils décident entre eux des endroits où elle court. Ce n'est pas mon problème. J'ai simplement exigé qu'elle soit de retour à Rostock, le 24 juillet. En fait, je ne suis venu à Lausanne et à Nice que pour tirer des enseignements pour l'entraînement.
- Marie-Jo vous permet-elle de prendre aujourd'hui une certaine revanche ?
- Je n'ai plus grand-chose à prouver, mais tout ce qui s'est passé reste gravé dans ma mémoire.
- La Fédération allemande ne vous a-t-elle rien proposé après la réunification ?
- Les Allemands de l'Ouest parlent de la " réunification ", ceux de l'Est disent le " tournant " (Sourire.) La Fédération allemande ne voulait même pas me donner 70 % de ce que gagnent les entraîneurs de l'Ouest. En tant qu'ingénieur de formation, on ne voulait plus de moi. Pourtant, avec un petit nombre d'athlètes, j'ai eu plus de résultats qu'eux avec beaucoup.
- Vous paraissez très détendu. Est-ce parce que vous êtes sûr de votre fait ?
- Je dois l'être, sinon j'aurais déjà fumé huit cigarettes, or, avec les cinq pontages que j'ai eus, mon médecin me l'interdit. Je compense avec le chewing-gum. (Sourire.)
- Et après les Jeux, que deviendra votre collaboration avec Marie-Jo ?
- En Allemagne, pour faire couper sa ligne téléphonique, il faut le demander trois mois à l'avance. Marie-Jo n'a pas voulu le faire. J'y vois un signe qu'elle veut rester après Sydney. Mais je n'ai aucune idée de ce qu'elle fera si elle ne gagne pas ou si elle se blesse. Si elle arrête, je remettrai mes plans dans mon coffre, en attendant qu'une autre grande athlète me les demande. Si plus personne ne me sollicite, je les emmènerai avec moi dans la tombe. »


 
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