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    Tour de France 2002 - Portrait 
De notre envoyé spécial à Bazas, Laurent TELO  Casar, l'avenir devant soi 


Laurent Jalabert vient d'annoncer sa retraite et le cyclisme français se met à scruter l'horizon. Qui pour succéder, d'ici quelques années, à l'ancien numéro 1 mondial voire à Bernard Hinault, dernier Tricolore à avoir remporté le Tour ? Il y a quelques jours, nous vous parlions de Sylvain Chavanel. Place aujourd'hui au deuxième grand espoir que le peloton français couve du regard : Sandy Casar, 23 ans.




L'oeil de Jean-Cyril Robin, son coéquipier chez FDJeux.com [real] / [windows]

Sandy Casar s'est révélé lors de Paris-Nice (Photo L'Equipe)

Sandy Casar, en début de Tour, lors de la présentation des équipes (Photo L'Equipe)


























Depuis qu'il est pro, Casar ne s'est quasiment jamais aventuré dans la haute montagne (Photo L'Equipe).

La relève de la garde ?
Une teigne sur un vélo

> Entretien avec Sandy Casar

 La relève de la garde ?

Depuis bientôt vingt ans, le peloton français du Tour de France joue le grand asmathique, à la recherche d'un peu d'air frais. Peine perdue. Au triste bal des illusions perdues, se pointent régulièrement des petits jeunots, l'ambition en bandoulière, élevés à la graine de champions, mais qui s'en vont, vite fait, rejoindre la longue liste de ces espoirs balayés par le temps et l'adversité. Si on peut mettre à part le cas spécial de Richard Virenque, qui a brillé durablement sur la Grande Boucle, Jean-François Bernard (un exploit dans le Ventoux et 3e place en 1987), Ronan Pensec (maillot jaune en 1990), Luc Leblanc (maillot jaune en 1991, 4e en 1994), Charly Mottet (4e en 1987 et 1991), Laurent Jalabert (4e en 1995), Christophe Rinero (4e en 1998), Christophe Moreau (4e en 2000)... ont fait vibrer, certes, mais se sont toujours retrouvés le bec dans l'eau au moment du décompte final sur les Champs.

Depuis cette deuxième place dans le dernier Paris-Nice derrière Alexandre Vinokourov, le nom de Sandy Casar a été introduit dans l'enveloppe des nominations pour le prix du meilleur espoir masculin. Celui en quelque sorte qui peut, un jour ou l'autre, remplacer le nom de Bernard Hinault gravé depuis 1985 sur la mention : « Dernier vainqueur français du Tour ». Casar dispute son premier Tour au moment où Laurent Jalabert vient d'annoncer qu'il mettra la clé sous la porte à la fin de la saison. Un raccourci facile mais qui ne fait qu'attiser les attentes placées en lui ou en Sylvain Chavanel, son alter ego à la bourse des valeurs d'avenir. Marc Madiot, le papa poule qui a couvé le petit Caliméro, ne veut pas entendre parler de futur argenté : « Il faut surtout lui foutre la paix et lui laisser vivre sa vie. » Tout en songeant secrètement que le maillot blanc de meilleur jaune du Tour irait comme un gant à son protégé.

Pour son premier Tour, Casar dit être là pour apprendre et ne veut pas tirer de plan sur la comète mais connaît toutes les peines du monde à dissimuler son envie brûlante de se montrer le plus possible. « Il faut tout le temps le freiner, prévient Jean-Cyril Robin, son équipier à la FDJeux.com. Il en veut toujours plus. » Heureusement pour lui, Casar semble avoir retrouvé ces jambes de début de saison. « je ne veut pas pas lui laisser la bride sur ce Tour, précise Madiot. Il a besoin de vérifier par lui-même ce que c'est que cette course. Ca ne me dérange pas qu'il prenne des "branlées". ». Casar roule bien contre le temps (41e de l'étape Lanester-Lorient à 3'31" du vainqueur, Santiago Botero) mais ne sait pas encore quoi seront fait ses escapades en montagne. « J'espère suivre les meilleurs le plus loin possible » est le discours officiel. « Je veux réaliser une grande étape de montagne », est la vérité qui sort de la bouche des Casar. Pointé à la 47e place du général, Casar est la quatrième Français derrière Laurent Jalabert (18e), David Moncoutié (41e) et Richard Virenque (43e). Mais tout ce qu'il voit, ce sont les premiers numéros, tout là-haut et le nombre de coureurs qu'il faut encore doubler pour s'en approcher.

Sandy Casar et Marc Madiot, directeur sportif de la FDJeux.com (Photo L'Equipe)

 Une teigne sur un vélo

Ses yeux un peu tristes, qui se rencognent quand on lui pose des questions sérieuses, s'animent dès qu'il retrouve Jean-Cyril Robin, Nicolas Vogondy ou Jacky Durand, ses copains à la FDJeux.com. « On fait souvent chambre commune avec Sandy, précise Robin, je peux vous dire que c'est quelqu'un de très facile à vivre. En revanche, dès qu'il s'agit de penser course et vélo, il devient très têtu, à la limite de la tête de cochon ». Bien calé sur sa selle, Casar devient une « teigne. Un coureur jamais content de lui, sans autre idée de progresser », selon Marc Madiot. Cochon ou teigne, des qualificatifs fort agréables qui traduisent un tempérament peu commun : « Il a une personnalité assez particulière, analyse Robin. J'ai rarement vu une volonté pareille chez un coureur cycliste. Il me fait penser un peu à Bernard Hinault. Il taperait presque du poing sur la table s'il n'est pas content. Il est attentif à ce que peuvent lui dire ses aînés mais il a toujours sa petite idée derrière la tête »

Frédéric Guesdon, lui non plus, n'en revient toujours pas quand on lui parle du jeune Casar. Durant les premiers hectomètres de l'étape du 14 juillet, entre Saint-Martin-de-Landelles et Plouay, Casar attaque sans prévenir ses équipiers : « Sur ce coup-là, j'étais vraiment énervé. Je lui en ai vraiment voulu mais je mets cela sur le compte de l'enthousiasme de la jeunesse. Mais quelque part aussi, c'est assez impressionnant. Au petit déjeuner, il nous avait dit qu'il était un peu fatigué. Et une heure après, il flingue. » Robin se souvient de ces stages de début de saison, « quand Sandy ronchonnait sans cesse parce que les plans d'entraînement ne correspondaient pas à ses attentes. Mais il ne peut pas toujours aller à l'encontre du collectif. » Un comportement qui peut être taxé d'individualisme forcené allant de pair avec un nihilisme revendiqué : « Je n'ai pas d'idole ni de modèle. Je ne veux ressembler à personne. Je veux être Sandy Casar. »

Du côté des collines qui surplombent Mantes-la-Ville, dans les Yvelines, la famille Casar doit se réjouir de ces paroles bien trempées. Le père surtout. Pas vraiment un papa Williams qui aurait programmé sa progéniture en lui greffant un vélo aux fesses à la naissance mais un mentor omniprésent qui lui a indiqué le but à atteindre et les moyens d'y parvenir plus vite que les autres. Une figure tutélaire qui a poussé Casar à continuer ses études (Casar est titulaire d'un bac S et suit un cursus STAPS d'éducateur sportif) pour se mettre à l'abri après sa première vie mais est fier comme tout quand il égrène les 102 victoires glanées par son rejeton depuis les cadets. En 2000, Sandy signe son premier contrat professionnel avec la Française des Jeux. Marc Madiot entrevoit les énormes capacités de son poulain mais n'a échaffaudé aucune stratégie de montée en puissance. Et sait que tous les conseils qu'il peut lui prodiguer seraient presque peine perdue : « Un béni oui-oui ne fera jamais un grand champion. »






 
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