
Déjà des sourires et des larmes avec cinq billets olympiques pour Pierre Henri sur 400 m quatre nages, Nicolas Rostoucher et Sébastien Rouault sur 400 m nage libre, Camille Muffat et Joanne Andraca (photo L'Equipe) sur 400 quatre nages et deux records de France pour les deux jeunes filles et pour le relais 4x100 m des Dauphins de Toulouse en 3'40''74, emmené notamment par Malia Metella et Coralie Balmy. Mais une course symbolise, ce dimanche à Dunkerque, toutes les émotions générées par une qualification olympique lors de ces Championnats de France.
En huit longueurs, tous les sentiments ont basculé. En un peu plus de quatre minutes et trente secondes, leur rêve s'est concrétisé. «Je n'avais même pas vu qu'on était ex-aequo», lance Joanne Andraca, folle de joie, à Camille Muffat qui lui répond : «Je me suis dit qu'il y avait un bug ce n'est pas possible 4'38'' sur un 400 m quatre nages.» «A la fin, comme j'avais mal aux jambes », avoue la Hyéroise, suivie dans l'affirmative par la Niçoise. «On s'est concerté avant. Je n'en reviens pas», se pince Joanne Andraca. Avec un record de France à la clé (4'38''23), une qualification et un titre en poche lors du 400 quatre nages, Camille Muffat et Joanne Andraca peuvent laisser exploser leur joie. Chacune à sa manière. Plus habituée aux honneurs et moins extravertie, Camille Muffat analyse sereinement sa course : «J'améliore mon temps de six secondes, je me demandais pourquoi j'avais aussi mal à la fin. Finalement, c'est normal, je suis super contente. J'aurai peut-être préféré gagner seule, mais cela prouve qu'on est plusieurs. Avec Joanne, on se connaît depuis qu'on est toute petite, c'est sympa. Je ne pouvais pas rater la qualification et puis il fallait gagner. Avec le record de France, ce n'est pas plus mal. Je sais que j'irai à Pékin, cela libère forcément. Cela met en confiance pour la suite.»
Sa co-championne de France arrive alors en pleurs. La Hyéroise relâche la pression, part embrasser sa maman, son entraîneur, tombe dans les bras de Patricia Quint, la responsable de l'équipe de France féminine. « C'est un truc de fou. On était trois et il en fallait que deux, c'était la bagarre. J'ai eu peur toute la journée, mais un quart d'heure avant la course, la pression est descendue, je me suis dit que je n'avais rien à perdre. C'était plus de la rage que de la peur, raconte la Varoise. Record de France, championne de France, qualifiée aux Jeux, on ne peut pas avoir plus. » Dans ces moments d'euphorie, les heures de travail accumulées s'envolent et l'émotion pointe. «Quand j'ai touché, j'ai d'abord pensé à moi puis tout de suite, j'ai pensé à ma mère», se souvient Joanne Andraca. Sur le côté, Cylia Vabre est inconsolable. La Lyonnaise termine troisième en 4'38''71 à seulement quarante-huit centièmes de Pékin et en améliorant son meilleur chrono de huit secondes... Toute la cruauté d'une épreuve couperet se résume en quarante-huitième centièmes. Quarante-huit centièmes pour passer du bonheur aux larmes.
Sophie DORGAN, Ã Dunkerque

