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    Championnats d'Europe 
De Louis DOUCET, à Munich  Le King Edwards 

A 36 ans, l'Anglais Jonathan Edwards continue de régner sur le triple saut. Champion olympique, champion du monde et champion d'Europe en titre, il a établi en 1995 un record du monde "beamonien" à 18,29 m.



Jonathan Edwards a imprimé pour longtemps sa marque sur le triple saut (Photo L'Equipe)
« Je me demande de plus en plus souvent pourquoi je n'ai pas déjà pris ma retraite ». Jamais grisé par les paillettes et peu préoccupé par l'accumulation des billets verts, Jonathan Edwards a en effet assez bourlingué sur les courses d'élan du monde entier pour penser à couler des jours plus paisibles. Au plan purement sportif, son palmarès convaincrait de nombreux athlètes de ranger les pointes et lustrer les trophées qui ornent la cheminée du salon. Après avoir tout gagné, pourquoi s'acharner à tout gagner ?

Premièrement parce que le Britannique est plus intéressé par la démarche que par le résultat. Un amour immodéré de la discipline qui puise ses fondements dans la foi chrétienne. Celle-là même qui poussait autrefois Edwards à refuser de concourir le jour du seigneur, à l'image d'Eric Liddell, le héros des Chariots de feu. Et peu importe que l'enjeu soit un titre de champion du monde, comme à Tokyo en 1991. Avec le temps, le maître du triple saut a transformé son regard sur la fonction divine de son sport : « Peut-être que le triple saut n'est pas avant tout une manière d'honorer Dieu, mais une simple fin en soi », expliquait-il en 1998.

 Un appétit toujours vorace

Avec un titre de champion olympique (2000), deux titres mondiaux (1995, 2001) et un record du monde (18,29 m) qui promet d'affoler les triple sauteurs du monde entier pendant plusieurs années, sa recherche de perfection est déjà allée assez loin. Mais le « Goéland » est aussi et surtout un amateur de défis et de confrontations. L'atmosphère des concours et la capacité à repousser ses limites pour dépasser les autres sont à coup sûr les carburants d'Edwards.

Cette sensation de danger propre aux duels, le vétéran des sautoirs (36 ans) l'a retrouvée depuis plusieurs mois. Le jeune Christian Olsson, qui était présent, à 15 ans, dans les tribunes du stade de Göteborg, le jour du fameux record du monde, apparait comme un des seuls réels contradicteurs qu'Edwards aura eu dans sa carrière. Pas étonnant quand on sait que le Suèdois exploite ses qualités d'impulsion (record personnel à 2,35 m en hauteur) avec la même technique que son modèle : la vitesse.

Avec son nouvel ennemi préféré, le Suèdois Christian Olsson (Photo L'Equipe)
 Le goût retrouvé du combat

En réponse à l'arrivée de ce talent pur sur la scène du triple saut, Edwards n'a jamais été un aussi fin et efficace compétiteur que depuis le concours des Mondiaux d'Edmonton, un des premiers épisodes de sa saga avec Olsson. Apparemment en difficulté, il se révèle capable de renverser les situations qui paraissent les plus compromises, avec la stratégie la plus radicale qui soit : le bon saut au bon moment, souvent au dernier moment.

Déjà expérimenté au Canada, ce schéma a fait ses preuves plusieurs fois cet été. A Oslo, puis à Paris et à Stockholm, Edwards a eu le mot de la fin dans des conditions similaires. Lors de leur dernière rencontre, au meeting de Monaco, c'est pourtant le Suédois qui s'imposait.

Avec la détermination qu'il affiche cette année, Edwards a tous les arguments pour défendre son titre européen à Munich, s'il n'est pas gêné par une douleur au talon apparue pendant le concours de qualification. Sa forme actuelle a en tout cas été confirmée par sa victoire aux Jeux du Commonwealth, dans un mano a mano avec son compatriote Philips Idowu, conclu par une meilleure performance mondiale de l'année (17,86 m). Un troisième larron qui pourrait lui-aussi se mêler à l'explication finale.


 
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